Nous sommes plusieurs, de la Mouvance Partenia,
à militer à Amnesty International ou à l’ACAT.
Les propos du cardinal Renato Martino, président du conseil pontifical Justice et Paix, suscitent beaucoup de réactions.
En voici trois.
AMNESTY INTERNATIONAL
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Index AI : POL 30/012/2007 (Public)
Bulletin n° : 110
ÉFAI
14 juin 2007
Amnesty International défend la possibilité d'avorter pour les femmes en
danger
Amnesty International s'est clairement prononcée ce jeudi 14 juin en faveur du droit des femmes et des jeunes filles à ne pas subir de menaces ni de contraintes lorsqu'elles exercent leurs
droits sexuels et reproductifs.
Amnesty International a réagi vivement aux propos du cardinal Renato Martino, président du conseil pontifical Justice et Paix, qui a déclaré que le Vatican cesserait de financer Amnesty
International. «Nous n'acceptons aucune subvention du Vatican ni d'aucun autre État pour les actions que nous menons contre les violations des droits humains», a déclaré Kate Gilmore,
secrétaire générale adjointe d'Amnesty International.
«Partout dans le monde, des millions de personnes de confessions différentes et aux croyances diverses font individuellement des dons à Amnesty International, a ajouté Kate Gilmore.
Parmi ces dons, nous sommes heureux de recevoir ceux de personnes de confession catholique. Nous espérons que les gens du monde entier qui ont des convictions continueront de soutenir
activement le combat d'Amnesty International contre la torture, contre la peine de mort, et en faveur d'une bonne administration de la justice y compris pour les femmes et les jeunes
filles.»
Défendant le droit des femmes à l'intégrité physique et mentale lorsqu'elles sont exposées à des violations graves de leurs droits fondamentaux, Amnesty International s'est récemment intéressée
à certains aspects de l'avortement dans le cadre de sa politique plus vaste relative aux droits sexuels et reproductifs. Ces nouveaux aspects de sa politique n'ont pas amené Amnesty
International à promouvoir l'avortement en tant que droit universel ; l'organisation n'approuve ni ne réprouve l'avortement.
«La position d'Amnesty International n'est pas de dire que l'avortement est un droit mais de soutenir le droit des femmes à ne pas être terrorisées, menacées et contraintes quand elles font
face aux conséquences d'un viol ou d'autres violations graves des droits humains», a clarifié Kate Gilmore.
Hier, le cardinal Martino, à l'occasion d'une interview, a invité les catholiques à cesser de soutenir Amnesty International, affirmant que l'organisation de défense des droits humains
promouvait le droit à l'avortement. Cependant, tout en s'opposant de longue date à l'avortement forcé, Amnesty International a en fait pour position de soutenir la dépénalisation de
l'avortement, de veiller à ce que les femmes puissent bénéficier de soins médicaux lorsque des complications surviennent à la suite d'un avortement, et de défendre la possibilité pour les
femmes d'avorter en respectant un délai maximum raisonnable lorsque leur santé ou leurs droits humains sont en danger.
«Amnesty International est aux côtés des victimes de violations des droits humains. Notre politique traduit notre obligation de manifester notre solidarité, en tant que mouvement de défense
des droits humains, avec, par exemple, la femme du Darfour, enceinte après un viol commis par l'ennemi et que son entourage accable d'un opprobre d'autant plus fort», a déclaré Kate
Gilmore.
«Notre mouvement entend protéger tous les citoyens, y compris les croyants, mais nous n'imposons pas de croyance. Nous avons pour but de défendre les droits humains, et non telle ou telle
théologie. Nous nous référons à des articles de loi et nous respectons les États, sans invoquer Dieu. Il se peut que, parfois, le système laïque de défense des droits humains soutenu par
Amnesty International converge parfaitement avec les points de vue des tenants de certaines confessions ; mais cette convergence ne se produit pas toujours.»
Amnesty International a exhorté l'Église catholique à ne pas se détourner des souffrances infligées à certaines femmes du fait de violences sexuelles ; l'organisation a demandé à la hiérarchie
catholique de prôner la tolérance et le respect de la liberté d'expression pour l'ensemble du mouvement de défense des droits humains dont Amnesty International fait partie, de même qu'Amnesty
International va continuer à défendre la liberté de religion.
/FIN
Document public
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Pour obtenir de plus amples informations, veuillez contacter le Service de presse d'Amnesty International à Londres, au +44 20 7413 5566
Amnesty International, 1 Easton St., Londres WC1X 0DW. Site : http://www.amnesty.org
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Point de vue
Croisade contre Amnesty International, par Guy Aurenche
LE MONDE | 21.06.07 | 14h17
Guy Aurenche, avocat, est président d'honneur de la Fédération internationale de l'action des chrétiens pour l'abolition de la torture.
Article paru dans l'édition du 22.06.07.
Quelle mouche a piqué le conseil pontifical Justice et Paix, qui invitait récemment les catholiques du monde entier à ne plus financer Amnesty
International ?
Avant de répondre à cette question, c'est aux victimes que je pense. Les voici doublement atteintes. D'abord par la répression, la torture, ou les
injustices qu'elles subissent. Ensuite par l'absence de soutien financier à une organisation non gouvernementale dont le mérite est par ailleurs reconnu par la Commission romaine.
Le motif avancé pour justifier une telle croisade, aux conséquences dramatiques, est celui du soutien qu'Amnesty International apporterait à
l'avortement. Une telle position ne facilite pas la réflexion sur la difficile question de l'interruption volontaire de grossesse.
Chacun a le droit, Rome en premier, d'être contre l'avortement. Mais il est pernicieux de ne pas faire la distinction entre le souhait de voir
l'avortement ne plus être pénalisé, et la promotion active de l'avortement. Amnesty International n'a jamais adopté une telle démarche. Placée au coeur des violences extrêmes, y compris des
agressions sexuelles, l'organisation se doit de réfléchir à l'hypothèse d'une intervention pour interrompre une grossesse née dans une situation de totale violence et d'absence de liberté.
Faut-il pénaliser la victime des conséquences d'une agression subie et d'une humiliation définitive ?
ATTITUDE RIGIDE
Justice et Paix, par cette position inacceptable, empêche de mettre l'accent sur une dérive (en tout cas à mes yeux) qui consiste à transformer une
législation initiale d'aide aux femmes jetées dans la détresse en un droit impératif à l'avortement pour pallier les désordres sexuels ! Justice et Paix, qui a pour mission d'inviter les
catholiques à réfléchir sainement, eût été mieux avisée de poser le problème sans condamner.
Hélas, il est impossible de ne pas voir dans cette attitude rigide au regard de l'annonce d'un Evangile d'amour le sectarisme de certains mouvements
"pro-life" (anti-avortement) qui ne reculent devant aucun moyen pour imposer leur vérité dogmatique. Il est regrettable que l'organe romain chargé de la défense de la justice, de la paix et des
droits humains n'ait pas su résister à un tel esprit de croisade !
Enfin, et comme catholique engagé, avec des millions d'autres, dans la promotion de la dignité humaine, je suis scandalisé de voir l'annonce de la
Bonne Nouvelle de l'amour de Dieu être défigurée et devenir inaudible pour nos sociétés. Au coeur des débats bioéthiques, notre monde a besoin de l'éclairage évangélique. Celui-ci est
invitation à protéger la vie donnée et reçue, au coeur des difficultés de l'aventure humaine.
L'Evangile suppose une démarche attentive et amoureuse d'accompagnement au coeur des drames
humains. Une Bonne Nouvelle ne peut pas être exprimée en termes de condamnation, ni boycott. La croisade serait-elle de retour ?
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Monique Chomel a quitté il y a quelques mois la Rédaction des Réseaux des Parvis, juste après avoir atteint ses 80 ans. Mais elle continue à être proche, et vient
nous aider pour les relectures. C'est une vieille militante, très tonique.
Voici la lettre que mon mari et moi-même avons envoyée à notre évêque. Nous l'avons envoyée à beaucoup d'amis ou connaissances en leur demandant de l'envoyer à leur
évêque ou d'en écrire une autre :
Juin 2007
Père ,
Nous avons été révoltés par l’appel aux catholiques du Cardinal Renato Martino, Président du Conseil Pontifical Justice et Paix, leur
enjoignant de ne plus contribuer financièrement à Amnesty International au motif que cette association a décidé de faire valoir la possibilité d’une interruption de grossesse pour les femmes
victimes de viol et celles dont la vie est mise en danger par leur grossesse.
Nous sommes tristes de n’avoir pas encore entendu ou lu une réserve de l’épiscopat français sur ce texte. Ce message d’inhumanité contribuera à vider
les églises ; il est d’ailleurs contestable sur le plan de la doctrine la plus classique en ne respectant pas la notion du « moindre mal » ; enfin, en assortissant son point
de vue d’une agression odieuse contre Amnesty International, le Cardinal Martino ne peut que conduire les catholiques à se placer sur le même plan et à compenser le dommage causé à cette
association en lui transférant ce qu’ils versent actuellement au denier de l’Eglise…
Nous vivons aujourd’hui une version contemporaine de la parabole du Bon Samaritain. « Une femme gisait inconsciente et ensanglantée sur le bord
d’une route, elle venait de subir le viol collectif de soudards. Passe un Cardinal de l’Eglise romaine qui se rendait dans la Capitale du pays pour présider un congrès. Il voit la femme et
dit : Prends pitié d’elle Seigneur, et efface ses nombreux péchés. Passe un Evêque du pays qui regarde et se dit : encore une ! Passe un membre d’Amnesty ; il s’arrête,
essuie tendrement le sang qui la maculait, la prend dans ses bras et l’allonge à l’arrière de sa voiture pour l’emmener à l’hôpital le plus proche où sera fait ce qui doit l’être dans ce cas.
Lequel des trois…. Vous connaissez la suite.
Nous attendons, Père, votre réponse à cette lettre avant de lui donner la suite qu’elle appelle.
Avec notre profond respect.